DAMIEN MAGNAVAL, UNE VOIX JAMAIS ETEINTE

Le 20 octobre dernier, Gourdon-Murat honorait la mémoire de l’un de ses fils, Damien MAGNAVAL, tombé sur le front de l’Ebre il y a 75 ans, en défendant la jeune République espagnole contre le franquisme, à l’âge de 33 ans.

En cette fin de matinée, le vent d’autan chassait de gros nuages noirs et découpait des coins de ciel bleu, de bon augure pour la foule inattendue qui grossissait dans la rue « principale » du village. Les porte-drapeaux faisaient flamboyer leurs couleurs (celles de la commune, de l’ACER, du PCF, de l’ANACR et de l’ARAC) qui se mêlaient au rouge dominant des fleurs déposées au pied de la stèle à l’effigie de Damien, près de sa maison natale…

Tout d’abord, le maire, Jacques JOFFRE, remercia l’assistance, notamment le maire de Grandsaigne et plusieurs élus de la municipalité et de communes voisines, du PCF (représenté par Lucien PEUCH, fédération de la Corrèze et Pierre LAGNITRE, section de Pradines/Bugeat), de l’ACER (Amis des Combattants en Espagne Républicaine, avec Pascal GABAY et Roberto LAMPLE (membres du bureau de l‘ACER), de Karim ASNOUN avec sa délégation de la Chambre syndicale et de la mutuelle des chauffeurs de taxis CGT, venus aussi de Paris, de Roger LISSAC représentant l’ANACR et de Michel AGNOUX pour l’ARAC. Les neveux et nièces de Damien, jusqu’à la 3ème génération, étaient venus en nombre, sa mémoire pour demain. En conclusion de ses paroles de bienvenue, le maire mit en parallèle la montée du fascisme dans l’Espagne républicaine et celle de l’extrême-droite actuelle en France, rappelant les vers de Bertold Brecht, « Il est encore fécond le ventre d’où a surgi la bête immonde ».

Il revenait ensuite à Dany CLEMENCEAU-MAGNAVAL (l’une des nièces de Damien) de donner la parole à son oncle en lisant sa lettre écrite du Front de l’Ebre le 16 juin 1938, adressée à Louise, sa soeur et à son beau-frère, Adrien CROISILLE, véritable testament maîtrisant l’écriture dans un style concis et simple, attentif à ses proches et venant d’un ouvrier, fils de paysan, ayant fait ses universités sur les bancs de l’école primaire de son village. Injustement, on ne peut en citer que quelques extraits : « Le 1er mai, nous avons défilé dans Olot, jolie petite ville catalane dont la municipalité avait organisé, avec le concours des organisations du Front populaire, une manifestation en l’honneur des Brigades internationales… avec la remise par la municipalité d’un drapeau aux couleurs d’Espagne et de Catalogne avec l’étoile antifasciste, que nous avons juré de conduire à la victoire. Le 14, j’étais affecté à l’unité de la compagnie mitrailleuses du bataillon « Commune de Paris » et le 18, nous montions en position… Pour mon baptême du feu, je ne me suis pas trop mal comporté, il est vrai que ce n’est qu’un commencement… Quelles sont mes préoccupations du moment ? Apprendre à faire la guerre et à savoir utiliser au mieux les armes que nous avons entre les mains pour en finir rapidement avec le fascisme en Espagne. Je m’applique également à apprendre l’espagnol… Quels sont nos besoins ? Si au moins nous avions les armes et les munitions qui nous manquent encore, nous aurions vite donné le coup de grâce à Franco… Les colis sont toujours les bienvenus… permettez-moi de vous indiquer ce qui me serait le plus utile ou agréable : un paquet de gris, une gitane serait un luxe, un peu de chocolat et des confitures. J’aimerais bien avoir un bon bout de fromage fort et quelques morceaux de sucre… une cartouche d’encre Waterman pour mon stylo, un flacon d’alcool de menthe, de l’aspirine et un sachet de bonbons pour les gosses, dès que l’on est en arrière… J’envoie à la Louisette un petit bout de drapeau espagnol… Je me propose d’écrire à mes parents et je compte sur vous pour qu’ils n’aient pas trop de peine à cause de moi. Si la Colinette n’était pas à la campagne, embrassez-la fort pour moi . Je vous prie de me donner des nouvelles de mon filleul. Mon adresse : MAGNAVAL Damien, 494 Secours rouge international Plaza Altazano, Barcelona (Espana) ».

C’est la 3ème génération, avec les arrière petits neveux Léa et Raoul âgés de cinq et six ans que le petit bout de drapeau espagnol qui a traversé ces 75 ans, a été présenté à l’assistance dans une intense émotion.

Karim ASNOUN, secrétaire de la Chambre syndicale des Cochers-chauffeurs dont Damien avait été le secrétaire national, avait choisi pour lui rendre hommage, de lire la lettre emblématique que Jean-Claude LEFORT (député honoraire, fils de Manouche qui avait combattu dans les Brigades internationales et qui en est mort) a adressée à Manuel VALLS, ministre de l’Intérieur, dont la famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme et qui a été naturalisé français en 1982. Il conclut : « C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de « brigadiste » qui se rappelle à toi. Souviens- t’en : « Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir. » Pour l’heure, Manuel, j’ai la nausée… Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour « ça »? Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus « ces étrangers, et nos frères pourtant ».

Pascal GABAY qui représentait l’ACER, a rappelé le rôle des républicains espagnols qui se sont battus à nos côtés pendant la Résistance, en apportant notamment leur expérience logistique. En référence à l’actualité, ce musicien a cité la dernière phrase de la chanson « Les loups » de Serge Reggiani « Dans ce foutu pays de France, les loups sont entrés dans Paris… jusqu’à ce que les hommes aient retrouvé l’amour et la fraternité… Alors, les loups sont sortis de Paris. »

Un buffet franco-espagnol plantureux attendait les participants qui ont pu consulter les archives familiales et historiques sur Damien et la guerre d’Espagne (dont certains écoliers et bien souvent des adultes, n’ont jamais entendu parler – il reste de la communication à mettre en place!)… En clôture, une belle surprise musicale attendait l’auditoire : Pascal GABAY de l’ACER mais aussi guitariste des SZAGOONISTES, a galvanisé son public en interprétant le chant de la plus grande bataille d’extermination de la guerre d’Espagne, « Le Chant de l’Ebre » qui se termine par « Comme nous avons combattu, nous promettons de résister, Ay Carmela », qui faisait dire à Aragon « Je me souviens d’un air qu’on ne pouvait entendre / Sans que le coeur battit et le sang fût en feu / Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre / Et l’on savait enfin pourquoi le ciel est bleu. » Au final, c’est Jean Ferrat qui a eu le dernier mot avec l’interprétation de « Federico Garcia Lorca »… « Si ta voix se brisa, voilà plus de vingt ans qu’elle résonne encore, Federico Garcia »…

Galerie des photos, suivre le lien : http://acer-aver.fr/index.php/galerie/2013/category/64-damien-magnaval

Autre Article, pour mieux connaître son histoire : Damien Magnaval, secrétaire du syndicat des cochers-chauffeurs et « LE CHANT DE L’EBRE » A LA MEMOIRE DE DAMIEN MAGNAVAL.

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