Message- Le retour des Brigades Internationales : Discours de Marcel SAGNIER, commandant de la XIVème Brigade Internationale au Congrès de la CGT à Nantes, le 17 novembre 1938

Je donne la parole au camarade Marcel Sagnier, ouvrier du Bâtiment parisien, ancien commandant de la 14e brigade, La Marseillaise, de l’armée populaire espagnole. (Applaudissements.)

Sagnier. — Camarades, j’apporte au Congrès de la C.G.T. le salut de tous les volontaires de la Liberté qui seront en France dimanche matin. J’apporte le salut des représentants du peuple de France, des représentants des ouvriers, des paysans, de toute la classe laborieuse de notre pays, les véritables fils et descendants des trois révolutions de notre pays, de ceux qui, sans faire de discours, sans faire de motions, ont pris les armes à la main pour montrer au monde ce qu’est la véritable solidarité, ce qu’est le véritable internationalisme.

Aujourd’hui, nous rentrons, nous rentrons prendre notre place au combat dans les rangs comme nous étions avant, et j’apporte au Congrès l’affirmation de tous mes camarades, leur volonté de rentrer immédiatement dans le sein de la C.G.T. Nous venons avec deux ans d’expérience d’un peuple qui lutte pour sa liberté, pour son indépendance. Nous ne voulons pas et nous n’avons pas la prétention de donner des leçons à qui que ce soit. Mais je voudrais quand même rappeler ce que la fierté toute espagnole du camarade qui représentait ici hier les travailleurs d’Espagne, n’a pas dit. Je voudrais vous dire la peine des ouvriers dans les usines de Barcelone, de Valence, de Madrid ; les ouvriers sous-alimentés, qui s’évanouissent devant les tours, qui s’évanouissent dans l’usine. Je voudrais aussi vous dire la tâche, l’ardeur et le courage des paysans espagnols qui sont tués à la charrue, à quelques pas des lignes. Je voudrais aussi vous dire la situation des soldats en ligne, pieds nus, bien souvent n’ayant pas tous les moyens ni toutes les armes pour résister à la pression et au matériel italo-allemand. Je voudrais aussi vous montrer en quelques mots la situation des femmes, des mères qui cherchent, dans les débris de leurs maisons, l’enfant qui vient d’être tué. Je voudrais aussi vous montrer la situation des enfants qui meurent faute de lait.

Nous savons, et nous avons constaté par nous-mêmes, que la C.G.T. a aidé l’Espagne, et je voudrais ici citer quelques Syndicats entre les meilleurs : les Syndicats des Métaux, du Bâtiment, des Cuirs et Peaux, des Produits Chimiques et de l’Habillement. Et, en même temps, je salue le Congrès au nom de ceux qui rentrent; je le salue au nom de tous les membres de la C.G.T. qui sont restés en Espagne. Nous trouvons un peu de changement depuis 1936; la situation pour les travailleurs de France est un peu changée. Nous ne sommes plus dans le bain, nous pourrions dire, de la situation exacte, des revendications des travailleurs de notre pays. Et je viens ici en même temps vous demander aide et protection pour nos camarades. : aide morale pour aider tous ceux qui rentrent à retrouver exactement la place qu’ils avaient avant de partir en Espagne, et je voudrais aussi faire appel à vos sentiments d’humanité, à vos sentiments fraternels envers tous ceux qui ont souffert en Espagne, envers les veuves, envers les enfants de ceux qui sont restés en Espagne et envers ceux qui sont rentrés avec une jambe, avec un bras ou qui, souvent, ont perdu la vue en Espagne. Aide morale, vous ai-je dit, et aussi aide matérielle. Nous savons, nous avons appris, en Espagne, que ceux qui ont organisé l’assassinat de la Tchécoslovaquie sont prêts, à l’heure actuelle, à recommencer la même opération contre l’Espagne. Et je suis sûr que la C.G.T., qui représente ici les travailleurs de la France, ne permettra pas que l’on assassine l’Espagne aujourd’hui. Hier, la Tchécoslovaquie, aujourd’hui l’Espagne, demain notre tour. Nous savons, et nous avons la certitude, que, tous, nous serons à l’avant-garde du combat pour aider l’Espagne républicaine à vaincre, pour aider l’Espagne républicaine à posséder tout l’armement qui lui est nécessaire pour que le peuple entier d’Espagne puisse manger. Nous savons que nous pouvons compter sur les travailleurs, et nous savons qu’ainsi, en défendant l’Espagne, nous défendrons la liberté et nous défendrons aussi la paix dans le monde, une paix non pas à la mode de celle que veut instaurer M. Daladier, mais une paix dans la liberté et dans l’honneur. (Applaudissements.)

 

A Nantes, le 17 novembre 1938, Congrès de la CGT

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