Au motif qu’elle prétendrait, en se référant à l’esprit « de réconciliation et de concorde » de la loi sur la Mémoire Historique adoptée par les Cortes en 2007 (sur proposition du gouvernement de Luis Zapatero), agir pour éviter la division entre les Espagnols, la municipalité de Madrid a ordonné la destruction d’un monument mémoriel dans le cimetière de l’Est (la Almudena) sur lequel figuraient les noms de 2 936 personnes fusillées sous le régime dictatorial de Franco. Le but étant, selon la Mairie, de remplacer ce mémorial par un monument ayant vocation à pouvoir rendre hommage à toutes les victimes de la guerre civile et de la post-guerre, mettant ainsi sur le même plan victimes et bourreaux.

Quelle ignominie !

La Mairie Madrid, sous la signature de son 2ème adjoint, répond à notre lettre de protestation du 5 Novembre 2020, non sans cynisme et hypocrisie, (voir texte ci-joint) et nous fait savoir :

  • Qu’il regrette sincèrement notre étonnement et notre indignation « au sujet des initiatives prises par la Mairie de Madrid » selon lui « en rapport avec la Mémoire Historique de notre pays ».
  • Qu’il persiste à penser que les initiatives de la Mairie de Madrid sont respectueuses de toutes les victimes de la guerre et conformes à la loi de 2007 sur la Mémoire Historique.

En conséquence, il nous faut comprendre que la Mairie de Madrid ne veut rien entendre et demeure sur ses positions intransigeantes quant à la poursuite de ses actions attentatoires à la Mémoire Historique Démocratique. Dans ces conditions, nous n’avons pas d’autre alternative que de soutenir les actions engagées par la Plateforme en Défense du mémorial du Cimetière de l’EST pour en appeler à l’opinion publique.

L’ACER


Traduction de la réponse de la Mairie de Madrid, sous la signature de son 2ème adjoint :

Le maire de Madrid m’a demandé de répondre à votre courrier du 5 courant.

En premier lieu je souhaite vous en remercier et, au nom de Monsieur le Maire, et avec tout le respect dû à l’organisation que vous représentez, je dois vous dire que je ne partage pas vos considérations, légitimes cependant, et que je regrette sincèrement votre étonnement et votre indignation au sujet des initiatives prises par la Mairie de Madrid qui sont en rapport avec la Mémoire Historique de notre pays.

En effet, car, paradoxalement, ces initiatives soulignent le ferme engagement de la Mairie de Madrid pour respecter la loi 52/2007 dans laquelle on reconnaît et élargi les droits et l’on prévoit des mesures en faveur de ceux qui ont souffert des persécutions et des violences pendant la guerre civile et la dictature.

Une loi qui appelle à l’esprit de réconciliation et de concorde, à la volonté de se retrouver et à éviter la division entre les espagnols. Notre engagement nous pousse à essayer de mettre en accord nos actes avec la loi et les recommandations du responsable de la Mémoire Historique de la Mairie de Madrid qui a proposé, le 7 mars dernier, une plaque sur laquelle ne figureront plus les noms des personnes fusillées. C’est ce que nous avons fait.

Il est vrai que le responsable de la Mémoire Historique a fait une autre proposition : ériger un monument aux victimes de ce que l’on a appelé « la terreur rouge » pendant la guerre civile. Mais cette proposition n’a pas été retenue par notre équipe municipale, la précédente non plus d’ailleurs.

En ce qui nous concerne, étant donné le prix du premier mémoriel, 600.000 € nous avons considéré qu’il n’était pas sensé de dépenser une somme pareille pour ériger un deuxième monument. On rendra hommage ainsi à toutes les personnes qui ont été fusillées pendant ces terribles et dramatiques années de la guerre civile et de la post-guerre ;

Je regrette que cette décision qui prétend être un hommage de la Municipalité de Madrid, sincère, respectueux et émouvant, à toutes les victimes qui ont, ici, perdu leur vie pendant cette triste période de notre Histoire, vous semble revancharde et sectaire : je crois, sincèrement qu’elle est approuvée par l’immense majorité des madrilènes.

En ce qui concerne le changement de nom de deux rues de la ville de Madrid, je voudrais vous dire qu’il s’agit d’une décision adoptée au sein le l’instance supérieure de la représentation politique des citoyens de cette ville qui est le Conseils municipal. Un accord pris en conformément à la Loi 52/2007.

Le respect de la loi, de celle-ci et de toutes les autres, au-delà de toute considération, constitue l’un des principaux piliers de l’Etat de Droit en Espagne et en définitive de la démocratie, grâce à la Constitution et a une Transition exemplaire, dont jouissent les espagnols depuis plus de quarante ans. Quatre décennies qui ont été, précisément, les plus fécondes de notre Histoire dans tous les domaines et particulièrement en ce qui concerne le bien-être et la reconnaissance des droits et libertés de l’ensemble des espagnols.

11.11.2020

VERSION ESPAGNOLE

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