Publication : 23 septembre 2015

En hommage « aux indésirables » internés dans le camp de St Sulpice la Pointe ( 1941/1944) une cérémonie a été organisée samedi 30 mai 2015 par Jean-Philippe LANTES, nouvel adhérent de l’ACER, et le Comité Départemental des Associations de la Résistance et de la Déportation.
L’ACER s’est associée à cette manifestation du souvenir qui a donné lieu a plusieurs interventions et à laquelle un public nombreux a participé dont plusieurs  enseignants et leurs élèves dans le cadre du Concours Général sur la Résistance.
La cérémonie a ensuite été suivie  dans les locaux de la Mairie de la remise de prix aux élèves en présence de Mme l’inspectrice de l’Académie, de Mr le Préfet, de Mme le Maire de St Sulpice et des élus de la Région, du Département et de la Commune.
Quelques uns de nos adhérents de la région de Toulouse et de midi Pyrénées nous ont rejoint  à cette occasion pour participer à ce premier rendez-vous de la mémoire à St Sulpice, notamment Vincent ALMUDEVER, son épouse Irène et sa fille Brigitte. Signalons également la présence de Martine et de Bernard FOUCAULT.
Ci-annexée la photo « de la délégation » de l’ACER à la cérémonie et quelques autres…
Bravo et merci encore à Jean-Philippe LANTES pour l’initiative,  l’organisation et le succès de cette manifestation de la mémoire à St Sulpice la Pointe.
Jean-Paul CHANTEREAU,
Bureau de l’ACER.


Le samedi 30 mai 2015, à partir de 9 h 30, a eu lieu la cérémonie de dévoilement d’une plaque à la mémoire des internés du camp parmi lesquels des Républicains espagnols et des volontaires des Brigades internationales.

La plaque étant fixée sur un mur latéral extérieur de la gare, les participants étaient rassemblés dans la cour (qui sert de parking en temps normal), face à l’entrée principale. Les différents discours, prononcés à cette occasion, donnent une idée assez précise de ce qui s’est passé ici entre 1940 et 1944.

Mesdames, Messieurs les représentants des associations de Résistance et de Déportation,

Mesdames, Messieurs les représentants des Corps constitués,

Madame, Messieurs les porte-drapeaux,

Monsieur le Sénateur,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

On peut s’en étonner, peu de Saint-Sulpiciens connaissent l’existence de notre centre de détention des Pescayres. Aujourd’hui, les centres de détention sont considérés comme présentant les perspectives de réinsertion les meilleures. Le régime de détention est orienté vers la resocialisation des détenus.

Madame Dominique RONDI-SARRAT, maire de Saint-Sulpice, inaugure la série

Encore plus méconnue de nos concitoyens, la sombre histoire de ce site durant la période 1940-1944. En effet, le centre de détention a été bâti sur les lieux mêmes d’un camp qui, du 16 octobre 1940 au 23 août 1944, a vu se succéder près de 4 600 internés. Il a été le plus grand des camps d’internement destinés, dans un premier temps, aux « indésirables », ennemis politiques du régime, puis aux détenus politiques de la zone sud.

Les 253 premiers détenus arrivent le 28 janvier 1941. Ils viennent de toute la France et sont essentiellement des communistes, des syndicalistes et autres « indésirables » en provenance du camp de Rivel, dans l’Aude, après sa fermeture. Le 8 février 1941, en application de la loi du 19 novembre 1939, arrivent également au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe, 400 détenus du camp d’Oraison, des Alpes de Haute-Provence et du camp de Chibron dans le Var, arrêtés dès 1940. En mai 1941, les internés politiques de la citadelle de Sisteron sont transférés au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe.

Une date est consacrée au souvenir spécifique de la déportation. Celle-ci a été instituée par la loi du 14 avril 1954 pour – je cite l’exposé des motifs : « ne pas laisser sombrer dans l’oubli les souvenirs et les enseignements d’une telle expérience ni l’atroce et scientifique anéantissement de millions d’innocents ni les gestes héroïques d’un grand nombre parmi cette masse humaine soumise aux tortures de la faim, du froid, de la vermine, des travaux épuisants et de sadiques représailles non plus que la cruauté réfléchie des bourreaux ».Je l’ai déjà rappelé, c’est des leçons de l’Histoire que l’on tire les enseignements présents, pour préparer l’avenir sans pour autant oublier ceux qui sont morts.

Nous sommes réunis pour que les St-Sulpiciens, les visiteurs, se souviennent des victimes et des héros de la déportation, pour nous rappeler que 1400 détenus sont partis de notre gare vers l’enfer. L’apposition de cette plaque veut en être la mémoire. Mes plus vifs remerciements à la SNCF qui l’a autorisée.

Je veux également remercier ceux qui ont œuvré à ce que notre commune s’inscrive dans ce travail de mémoire et particulièrement Mme FOLCH, M. PAYRASTRE et M. LANTES, ici présents. Je tiens également à saluer l’Harmonie de Saint-Sulpice qui s’est spontanément associée à cette commémoration, ainsi que les services de la commune qui en ont assuré l’organisation. J’émets le souhait, partagé avec les anciens déportés et les familles de disparus, de voir cette journée s’inscrire dans le calendrier des commémorations.

A travers cette cérémonie, nous voulons rappeler le transfert des 1400 déportés, parmi les 4 600 internés du camp mais tout aussi également, bien sûr, nous honorons la mémoire de tous les déportés et, plus particulièrement, les 150 000 personnes qui partirent de France dont 80 000

victimes de mesures de répression, principalement des politiques et des résistants, et 75 000 Juifs victimes de mesures de persécution touchant également les Tziganes.

Mesdames et Messieurs, il y a 70 ans, il y avait de belles journées de printemps comme nous en connaissons en ce moment. Des hommes et des femmes comme nous, français ou étrangers établis chez nous, vivaient paisiblement avec leurs enfants. Ils n’avaient rien fait qui les distinguât des autres et puis, par des petits matins glauques, on est venu les arrêter. On les a parqués dans des camps de transit. On les a entassés dans des trains et on les a emportés vers l’enfer, vers quelque chose, un cauchemar qu’aucun être humain, ni eux ni d’autres, ne pouvait imaginer possible avant de l’avoir connu. C’est de ceux-là, bien sûr, dont nous parlons lorsque nous parlons de la déportation.

Nous parlons de l’invraisemblable expérience qui a consisté à transformer des millions d’êtres humains, hommes, femmes, enfants, en simples choses, en matériaux à traiter dans un processus de production industrielle de cadavres. Avec l’holocauste, avec la solution finale décidée à la

conférence nazie de Wansee en janvier 1942, nous ne sommes plus dans le registre historique classique des crimes de la dictature. Nous ne sommes même plus dans le meurtre de masse. Pour reprendre les phrases terribles d’Anna Arendt : « Un meutrier laisse encore un cadavre derrière lui et ne prétend pas que sa victime n’était pas un homme ». Nous sommes dans le mal absolu qui a consisté à écraser des hommes comme des moucherons. Dans les camps de concentration, ce n’est pas seulement la modernité qui a dérapé, c’est l’humanité qui s’est niée elle-même comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. Les camps ont été voulus, pensés, organisés par des hommes. C’est pour cela que ce qui s’est passé là-bas, en vérité, est impossible à réparer, impossible à réparer et impossible à oublier.

Mesdames et Messieurs, longtemps les rescapés se sont tus. Dans un numéro de la revue L’Histoire, consacrée au 5° anniversaire du procès d’Heichmann, l’organisateur de la solution finale, à Jérusalem, Annette Wieviorka relate le cas de Mickaël Goldman, l’homme qui répandit les cendres d’Heichmann dans la mer après sa pendaison. « Au lendemain de la guerre, sur le bateau qui l’amenait en Israël, il raconta son expérience d’Auchwitz à un homme et il entendit ensuite ce même homme dire à sa femme : « Ne fais pas attention, ces gens ont tellement souffert qu’ils racontent n’importe quoi. » »

Aujourd’hui, grâce à tous ceux qui se sont battus pour permettre aux victimes de cet enfer de témoigner, le grand silence d’après-guerre est heureusement rompu. Nous ne pouvons plus ignorer les faits et nous devons faire en sorte que les nouvelles générations ne les ignorent pas non plus. En France même, depuis les procès Touvier et Papon, nous ne pouvons plus ignorer non plus que des Français ont collaboré de façon active à la mise en œuvre de cette horreur absolue. Ça aussi, nous ne devons jamais l’oublier. Depuis quelques années, les survivants de l’enfer parlent. Le droit qu’ils ont conquis de pouvoir raconter leurs histoires à la première personne du singulier n’est pas une consolation mais elle est une réponse à la négation de leur statut d’homme par les nazis. Ayons alors aussi ce matin une pensée pour eux, les plus nombreux hélas, qui ne pourront pas parler. Ceux dont le visage et la voix nous seront à jamais perdus. Ce matin, je pense à certains d’entre eux et, avec

chacun d’entre vous, je pense à eux tous : ils étaient des hommes et des femmes comme nous, avec leurs enfants, leur métier, leurs amis, leurs souffrances et leurs espoirs. N’oublions jamais ce qu’ils ont enduré, ne les oublions jamais.

Je remercie une fois encore toutes celles et tous ceux qui se sont associés à cette cérémonie.

Je vous remercie.


La cérémonie de dévoilement de la plaque proprement dite s’est alors déroulée au pied du mur latéral gauche de la gare.

Etait présent un rescapé des camps de concentration. Il avait revêtu la tenue rayée qu’il portait à l’époque.

Monsieur Roger PAYRASTRE, président du Comité Départemental des Associations de la Résistance et de la Déportation (CDARD), après avoir retiré le drapeau qui la masquait, a procédé à la lecture de la plaque :

4600 personnes furent internées au camp de Saint-Sulpice de 1941 à 1944.

200 « indésirables » : antifascistes, syndicalistes, républicains espagnols, membres des brigades internationales seront transférés par le gouvernement de Vichy dans les camps d’Afrique du Nord entre février et décembre 1941.

223 juifs étrangers, dont 34 enfants et 111 femmes, raflés le 26 août par la police de Vichy et regroupés dans le camp, seront transférés le 2 septembre 1942 au camp de Drancy pour être déportés par le IIIe Reich, en deux convois, au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Aucun enfant ne reviendra.

Le 30 juillet 1944, 623 résistants internés dans le camp seront déportés vers le camp de concentration de Buchenwald.

Tous sont partis de cette gare. Voyageur souviens-toi.

Le Comité Départemental des Associations de la Résistance et de la Déportation.

Sonnerie aux morts.

Minute de silence.

Marseillaise.


C’est au tour de Charles MARZIANI de s’exprimer.

Il est vice-président du Conseil régional, en charge des transports et, à ce titre, du transfèrement des internés politiques communistes et syndicalistes en Afrique de Nord, durant la Seconde Guerre mondiale.

Je dois préciser que j’interviens comme représentant du Parti Communiste.

Madame le Maire,

Mesdames et Messieurs les représentants des associations de Résistance et de la Déportation,

Madame et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et Messieurs les élus,

Chers Amis et Camarades,

La pose de cette plaque commémorant le souvenir des internés et des déportés du camp de Saint-Sulpice participe au devoir de mémoire alors

que dans notre pays et dans le monde resurgissent des dangers que nous croyions tous définitivement écartés. Le racisme, l’antisémitisme, la tentation d’exclusion d’une partie de nos compatriotes de la communauté nationale sont réactivés. Commémorer, ce n’est pas

simplement se souvenir, c’est puiser dans notre histoire commune des enseignements de nos comportements collectifs passés et les conduites à tenir pour le vivre ensemble, en société, demain.

Les camps d’internement comme celui de Saint-Sulpice furent le symbole d’une double réalité :

– l’existence d’une France, certes abattue dans la défaite, dans les humiliations, mais debout, cherchant dès 1940 les chemins de la fraternité, de la lutte pour la liberté dans l’espoir d’une humanité épanouie;

– et une partie de la France se vautrant dans la collaboration avec ce que le monde produit de plus abject, les dirigeants de cette France-là tentant d’enfermer le peuple dans la soumission par la répression et l’internement des « indésirables ».

Oui, cette partie de la France a existé et peut resurgir. Permettez-moi de citer Jacques Chirac lors de son discours en juillet 95 à Drancy : Il est dans la vie d’une nation des moments qui blessent la mémoire et l’idée que l’on se fait de son pays. Ces moments, il est difficile de les évoquer parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Il concluait son discours en indiquant la responsabilité de la France dans l’accomplissement d’irréparables crimes.

Saint-Sulpice et son camp d’internement devenu en octobre 1940, à la suite de celui d’Aincourt [actuel Val d’Oise], camp pour « indésirables », relèvera de la responsabilité du ministère de l’Intérieur du gouvernement de collaboration. C’est donc un acte délibéré du gouvernement d’alors

pour éliminer de la communauté nationale ceux qui pouvaient mettre en danger, selon eux, la politique de capitulation et de collaboration volontaire avec les nazis. Sont alors désignés prioritairement : les communistes, les syndicalistes, les acteurs des Brigades internationales en

Espagne. Vinrent compléter cette liste les juifs, Tziganes, homosexuels, internés puis livrés aux camps d’extermination car considérés de race inférieure.

Ici, dans ce camp, ce sont d’abord des opposants politiques qui furent enfermés dès janvier 1941 – ça a déjà été rappelé – essentiellement communistes et syndicalistes. Certains, déjà, étaient en détention depuis fin 1939 à la suite de l’interdiction du PCF en septembre 39. Fin février, ils seront 1047, regroupés ici. Je veux dire clairement que, si la résistance au nazisme et à la collaboration
n’est pas l’apanage des communistes, qu’elle émane de divers courants politiques qui ne se soumettront pas et que son unité fut sa force, ils y prirent – les communistes – très tôt, une place importante.
Leur arrestation massive dès 1939, leur internement dès le début 41, leurs actions comme celle du 5 novembre 1940 – les Jeunesses communistes, à Toulouse, larguant des tracts en pleine rue Alsace-Lorraine sur le cortège du maréchal Pétain, tout cela fait litière de la légende tenace qui date leur engagement de la rupture du pacte germano-soviétique en juin 41. C’est en mars, en mars 1941, ici-même, que 167 d’entre eux sont envoyés dans des camps disciplinaires en Afrique du nord, d’abord à Djelfa puis au camp du Bossuet, sûrement par peur d’évasion ici même et pour mieux les faire disparaître de la communauté nationale, les effacer en quelque sorte.
Parmi ces 167, nous retrouvons dans les listes des Archives Départementales du Tarn les noms des secrétaires des syndicats CGT, des responsables d’organisations communistes, des élus, des élus destitués car n’ayant pas fait allégeance à Vichy, des candidats aux élections, des fonctionnaires considérés comme dangereux.
En ces temps de doute, d’incertitude sur notre avenir commun, ne pas céder sur les valeurs qui fondent la République, développer celles qui nous unissent tous pour construire un avenir humain aux nouvelles générations, s’appuyer sur l’histoire de ceux qui, croyant au ciel ou n’y croyant pas, nous ont légué la Liberté, l’Egalité, la Fraternité en héritage, c’est sûrement le meilleur hommage à
leur rendre.
Merci de votre attention.


Intervention de Jean-Paul CHANTEREAU, secrétaire général adjoint de l’association des Amis des Combattants en Espagne Républicaine.

Mesdames et Messieurs les élus,
Chers Amis,
Au nom de l’ACER – les Amis des Combattants en Espagne Républicaine – il me revient de participer avec vous à cette manifestation du souvenir afin de rendre hommage aux personnes qui ont été internées de 1941 à 1944.
Après l’accueil de centaines de réfugiés belges qui avaient connu l’exode de 1940, ce camp de triste mémoire, d’aspect et de réalité concentrationnaires, referma ses portes sur les Républicains espagnols, des volontaires des Brigades internationales mais surtout des juifs étrangers réfugiés dans le Tarn, pas seulement, des syndicalistes et des communistes persécutés et arrêtés en 1939, en somme de très nombreux « indésirables ».
Je m’attacherai à évoquer ici plus particulièrement la mémoire et l’histoire douloureuses des Républicains espagnols et des anciens des Brigades internationales en rappelant, dans le contexte européen, les enjeux de la guerre d’Espagne née d’une conjuration des classes aisées, de l’Eglise et de la hiérarchie militaire espagnoles, le 18 juillet 1936 contre le gouvernement de Front populaire que s’était donné alors le peuple espagnol en février 1936.
Je voudrais d’ailleurs saluer ici, parmi nous, Vincent Almudever, ancien combattant de l’armée républicaine espagnole et membre de l’ACER.
Sur les événements survenus pendant l’été 1936 en Espagne, la vérité éclatera très rapidement. En effet, dès le mois d’août, la hiérarchie militaire espagnole dans son entreprise de conspiration et de rébellion contre la République a pu compter sur des complicités et des appuis logistiques et matériels très importants avec le concours actif de l’Italie de Mussolini et l’Allemagne hitlérienne.
Le peuple espagnol opposera une farouche résistance partout dans le pays pour faire échec à ce coup d’état incarné alors par le général Franco. Dès le début de cette guerre qui a les apparences d’une guerre civile, le déséquilibre des forces est flagrant : d’un côté les putschistes disposant globalement de l’appareil militaire, d’un autre côté, le peuple opposant une résistance farouche, avec les organisations ouvrières et démocratiques et les unités militaires ayant décidé de rester fidèles à la République.
Cependant, en raison de la résistance persistante qui lui sera opposée dans le pays, l’effet de surprise de ce putsch s’estompera et la situation militaire, pour Franco, s’enlisera dans la durée. Pour gagner la guerre, Franco et la hiérarchie militaire feront appel alors aux Flèches noires de l’Italie fasciste et à la Légion Condor de l’Allemagne hitlérienne afin de pouvoir l’emporter sur la résistance du peuple espagnol. C’est dans ces conditions que le gouvernement républicain sollicitera l’aide de la France et de l’Angleterre, sans succès. Au mépris des traités et des engagements pris. La France du gouvernement de Front populaire de Léon Blum adoptera une politique dite de « non intervention » dont s’accommoderont très bien les forces de l’Axe.
L’opinion publique, en France et dans le monde, sera révoltée et indignée par cette attitude : une politique de non assistance à démocratie en danger qui consacre dans les faits l’ère de la politique de capitulation qui suivra sur tous les dossiers européens de 1937-1938 face aux exigences d’Hitler et de Mussolini en Europe centrale. La Guerre d’Espagne s’impose dès lors comme la sombre préfiguration de la Seconde Guerre mondiale.
C’est dans ces conditions que seront créées les Brigades internationales : 35 000 volontaires parmi lesquels de nombreux communistes viendront du monde entier (de 53 pays) dont 10 000 français pour combattre le fascisme en Espagne, dans les rangs de la nouvelle armée républicaine. 3500 Français ne reviendront pas.
Les Brigades internationales naîtront d’un formidable élan de solidarité en octobbre 1936. Elles seront créées par décret du gouvernement républicain espagnol pour aider la République à se défendre contre un adversaire qui a l’avantage et les moyens de pouvoir s’appuyer sur le potentiel militaire de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste.
Aux armées professionnelles de Franco, de Mussolini et d’Hitler, les volontaires des BI opposaient leur courage. Ils n’en avaient pas le monopole, bien sûr, mais aussi une conviction forte, celle que tout se jouait en Espagne, que le sort de la guerre et de la paix en Europe résultait de l’issue de cette guerre. Pour s’en convaincre ne disaient-ils pas, en 1936, sur le front de Madrid avec les Républicains espagnols : « Défendre Madrid aujourd’hui, c’est défendre demain Paris, Londres, Bruxelles ». Les volontaires des BI étaient portés par une clairvoyance et une lucidité politiques auxquelles, hélas, l’Histoire donnera raison. Ils ont acquis en 1996 seulement, 60 ans après leur création, le statut d’anciens combattants. Avec la chute de Barcelone, fin janvier 1939, la République espagnole et le camp de la Démocratie en Europe ont perdu leur première grande bataille contre le fascisme espagnol et européen.
La République espagnole et les anciens des Brigades internationales se retrouveront parmi les premiers dans les combats de la Résistance en France et en Europe, contre un adversaire qu’ils ont déjà, en Espagne, commencé à combattre. A ce titre, des dizaines d’entre eux furent internés dans le camp de Saint-Sulpice puis déportés.
Nous ne reviendrons pas ici sur la terrible épreuve de la Retirada : un exode de 500 000 personnes, femmes, hommes, enfants, civils et militaires, accueillis dans des camps d’internement indignes de notre pays, dans le midi de la France, et dépourvus de toute humanité.
Le camp de Saint-Sulpice-la-Pointe était l’un d’eux et il regroupera de nombreux Républicains espagnols et d’anciens volontaires des BI. En pratique, ce camp, selon les enseignements que l’on peut dégager dès à présent du travail d’archives effectué à ce jour par Jean-Philippe Lantes, a surtout été utilisé comme lieu de transit concernant les Républicains espagnols avant de les orienter vers les camps de Gurs et du Vernet mais aussi comme lieu d’internement pour certains d’entre eux, comme pour les volontaires des BI. Il est à noter que l’exploitation des archives permet de mettre en évidence l’évasion d’un grand nombre d’entre eux de la baraque 21 située à Castres puis Gaillac pour rejoindre le maquis.
Aujourd’hui, ce rendez-vous de la mémoire nous invite à revisiter et à nous replonger dans l’une des périodes les plus sombres de l’Histoire de France. Cette période de l’Histoire nous invite à la plus grande vigilance face à la montée des périls. A cet égard, l’actualité politique, sociale, ainsi que celle des faits-divers d’ailleurs, nous interpelle chaque jour comme dans les années 30; une crise qui génère de plus en plus de désespoir, un désespoir sur lequel prospère l’extrême-droite, les partis fascistes et néo-fascistes partout en Europe.

C’est leur grand retour sur la scène politique avec leurs discours et leur idéologie assumée et décomplexée qui alimente dans l’opinion publique les sentiments de haine de l’étranger, la xénophobie, l’exclusion sociale auxquels nous assistons.

Oui, les similitudes et les parallèles sont grands entre hier et aujourd’hui car ils reposent sur les mêmes ressorts; ils sont de même nature, ne nous y trompons pas. C’est pourquoi l’ACER se félicite de l’initiative du Comité Départemental des Associations de La Résistance et de la Déportation qui, au-delà de l’hommage que nous rendons à tous ceux qui ont connu et vécu douloureusement l’internement de ce camp ou qui y ont été déportés, cette manifestation du souvenir, à nos yeux, est un acte de résistance au présent. Un acte de résistance contre l’oubli, bien sûr, mais aussi un acte de résistance contre tous ceux qui, aujourd’hui, travestissent et tentent de réécrire l’Histoire.

Résister s’écrit toujours au présent, disait Lucie Aubrac, grande figure de la Résistance.
Résister aujourd’hui, c’est faire œuvre pédagogique, c’est rappeler les circonstances de la Guerre d’Espagne, les luttes contre le fascisme, l’épopée des Brigades internationales, les immenses espoirs, en France, nés du programme du Conseil National de la Résistance.

Résister aujourd’hui, c’est rappeler la politique de non-intervention en Espagne, c’est rappeler les politiques de capitulation de la France et de l’Angleterre face aux exigences de Mussolini et d’Hitler. Ne disait-on pas dans les milieux d’affaires « Plutôt Hitler que le Front populaire » ? Résister aujourd’hui c’est, bien entendu, rappeler l’antisémitisme des années 30, la législation anti-juive sous le régime de Vichy. S’agissant
des internés du camp de Saint-Sulpice, résister aujourd’hui c’est rappeler qui ils étaient – qui vous étiez pour paraphraser la chanson de Léo Ferré. Remettons au grand-jour les messages des Républicains espagnols, des anciens volontaires engagés dans les Brigades internationales et des Résistants d’hier et de leur engagement contre le fascisme, pour le progès social, la justice, la démocratie, la liberté, la paix et la certitude que d’autres agiraient après eux pour servir les mêmes idéaux.

C’est le plus grand hommage que nous puissions rendre à toutes celles et à tous ceux qui ont combattu et parfois payé de leur vie leur engagement et leur vision de l’émancipation humaine.

C’est cela qui compte par dessus tout aujourd’hui.
Je vous remercie de votre attention.


Entracte musical : l’Harmonie de Saint-Sulpice interprète le Chant des Partisans.


Madame Marylise FOLCH prend la parole en tant que secrétaire générale du Comité Départemental des Associations de la Résistance et de la Déportation :

La Shoah est l’extermination systématique, pendant la Seconde Guerre mondiale, de six millions de juifs dont 1 500 000 enfants. Désignés par les nazis comme ennemis, les juifs furent affamés dans les ghettos de Pologne et d’Union Soviétique occupées, assassinés par les fusillades massives sur le front de l’est, par le travail forcé et la sous-alimentation dans les camps de concentration, par gazage dans les camions-gaz, dans les chambres à gaz des centres d’extermination où les corps, privés de sépulture, furent brûlés dans les fours crématoires et leurs cendres dispersées.

Les femmes, les enfants – y compris les nouveaux-nés – les vieillards, furent traqués et voués à la mort de masse.

L’horreur de ces crimes jugés imprescriptibles, a conduit après-guerre à l’élaboration de notions juridiques nouvelles telles crime contre l’humanité et génocide. Perpétrés par le III° Reich, ces crimes ont bénéficié du soutien de mouvements collaborationnistes, d’inspiration fasciste ou nazie, et de gouvernements ou d’administrations ayant fait le choix de la collaboration d’Etat. A l’inverse, de nombreux anonymes se sont dévoués pour sauver des persécutés; certains ont reçu après-guerre le titre honorifique de Justes parmi les Nations. Une des dernières personnes reconnues Justes par Yad Vashem s’appelle Elisabeth ROL. Nous sommes arrivés, l’an dernier, à la faire reconnaître Juste et cette personne a sauvé une famille qu’elle a cachée à Albi et à La Grave. Ces 87 Justes tarnais sont un honneur pour notre département. Cependant, l’Histoire ne doit pas occulter les tourments subis par les persécutés. Persécutés pour ce qu’ils font : communistes, syndicalistes, militants, brigadistes, résistants, qui s’opposent au nazisme, et les persécutés pour ce qu’ils sont : juifs, tziganes, slaves, handicapés, témoins de Jéhova, homosexuels, tous considérés par l’idéologie nazie comme « inférieurs ».
En France, 76 000 juifs, dont 11 000 enfants, ont été déportés par les nazis avec l’aide du gouvernement de Vichy. Ces persécutions n’auraient pas été possibles sans les complicités individuelles et collectives et sans le mécanisme de la déportation depuis le réseau des camps
faisant partie du système concentrationnaire nazi : camps d’internement comme celui de Saint-Sulpice, camps de transit comme celui de Drancy, au nord-est de Paris, camps de concentration et d’extermination comme celui d’Auchwitz-Birkenau, en Pologne.
L’historienne Diana FABRE qui a travaillé sur le camp de Saint-Sulpice et dont les travaux font toujours référence puisqu’on s’en sert aujourd’hui encore, disait que « l’année 42 était l’époque des rafles, celle où il y a eu le plus de rafles ». Je vous rappelle que le 16 et le 17 juillet 1942, il y a la grande rafle du Vel’ d’Hiv. à Paris qui rafle presque 13 000 personnes. Eh bien ici, dans le Tarn, cela commence le 26 août 1942, à 5 h 30 du matin. Dans tout le département, les juifs sont arrêtés.

Des juifs autrichiens, allemands, belges, tchécoslovaques, hongrois, russes. On les amène au camp de Saint-Sulpice par familles entières. Il y a même 31 femmes juives qui, du camp de Brens, près de Gaillac, sont amenées au camp de Saint-Sulpice malgré les protestations des autres internées et
notamment de résistantes espagnoles. On trouve même une statistique, dans les travaux de Diana, faisant référence à des enfants isolés – dont un de trois ans – qui étaient cachés dans des familles de Saint-Sulpice et que la gendarmerie est allée chercher pour les amener au camp.
Le 2 septembre 1942, 10 camions vont chercher 223 juifs internés au camp de Saint-Sulpice et les amènent à la gare pour le train de 21 h 45. Ils vont arriver à Drancy le 4. Et puis le 9 et le 11, à 100 dans des wagons à bestiaux, plombés, par une chaleur épouvantable, ils seront déportés par les convois 30 et 31 vers le camp d’extermination d’Auchwitz-Birkenau.

Chaque convoi comprenait 1000 déportés.

223 personnes sont parties de cette gare où nous sommes aujourd’hui : 78 hommes, 111 femmes, 34 enfants. Parmi ces enfants, un de 3 ans, deux de 4 ans. 34 enfants dont pas un ne reviendra; 111 femmes dont pas une ne reviendra. Tous et toutes sont assassinés à Auchwitz. En 45, seuls survivants, il y aura 42 hommes du convoi n° 30 et ils seront 13 du convoi 31.

Evidemment, les hommes ont échappé à la mort immédiate parce qu’ils représentaient une force de travail pour les nazis. On les a fait travailler soit à Auchwitz, dans le camp 1, soit autour dans les camps satellites.

Je voudrais, pour terminer, citer deux grandes personnes : une très grande dame et un philosophe.

La grande dame, c’est Simone VEIL. Voici les mots qu’elle avait écrits et que je l’ai entendue prononcer, des mots qui me touchent beaucoup. Elle dit : Si la Shoah constitue un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité, le poison du racisme, de l’antisémitisme, du rejet de l’autre, de la haine ne sont l’apanage d’aucune époque, d’aucune culture ni d’aucun peuple. Ils menacent, à des degrés divers et sous des formes variées, au quotidien toujours et partout, dans le siècle passé comme dans celui-ci.

La deuxième personne que je voudrais citer est un philosophe. C’est Vladimir JANKELEVITCH dont la sœur Ida a épousé le résistant Jean CASSOU, interné au camp de Saint-Sulpice en 42 et 43.

Jankélévitch a écrit : Un crime insondable appelle une méditation inépuisable. Et nous, les enseignants, nous avons à travailler sur ce phénomène qu’est la Shoah, un phénomène unique, pour que nos élèves puissent réfléchir, puissent comprendre. Et la plaque apposée aujourd’hui sur le mur de cette gare permettra à chacun d’entre nous, à tous les gens qui passeront dans cette gare de

s’interroger, de réfléchir, de méditer, d’expliquer, de comprendre d’abord ce que furent les mécanismes mais aussi les conséquences de cette histoire dramatique. Et pour moi, cette plaque va surtout permettre de rester vigilant face à la menace du rejet de l’autre et de la haine.

Je vous remercie.


Allocution de Jean-Philippe LANTES, membre du CDRP et de l’ACER :

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis, chers Camarades,

Le 30 juillet 1944, les 623 internés présents au camp de Saint-Sulpice sont livrés aux Allemands par les forces de Vichy. Ils prennent la direction de Toulouse. Le 31 juillet, leur train va former un convoi avec des internés en provenance du camp de Noé, de la prison Saint-Michel et de divers lieux de détention. Ce convoi, c’est le transport 1252, un des derniers trains de déportation qui partent de France pour les camps nazis. 103 femmes et 1088 hommes, tous résistants sont ainsi déportés. Les femmes iront à Ravensbrück et les hommes arriveront à Buchenwald le 6 août au soir. Seulement 58% rentreront.

Le 30 juillet 1944, les 623 internés présents au camp de Saint-Sulpice sont livrés aux Allemands  par les forces de Vichy.
Pour savoir qui sont les 623 internés dans notre commune, revenons un peu en arrière. A partir de novembre 42 et sur l’année 1943, le gouvernement de Vichy va livrer aux forces d’occupation des internés du camp, dans un premier temps, pour la relève puis pour le STO à Bayonne et pour le chantier Todt. En règle générale, il s’agira de jeunes détenus dont des jeunes communistes ou des ouvriers qualifiés plus âgés. Presque tous les départs occasionneront des mouvements de protestation ou de résistance car tous doutaient des destinations.

Les conditions d’internement et l’affrontement qui se joue vont se durcir  progressivement, d’autant plus que la Résistance se structurant, il y a de plus en plus d’évasions soit dans les chantiers autour du camp, soit lors des transfèrements. Il a été créé une 21° baraque disciplinaire hors du camp, localisée dans une partie de la prison de Castres jusqu’en 1943 puis transférée à la prison de Gaillac.

Près de 250 internés sont décomptés comme étant passés dans cette baraque disciplinaire, où était pratiquée la torture, dont beaucoup d’antifascistes et de communistes étrangers. Ces deux prisons connaîtront des évasions impressionnantes, soutenues par la résistance locale.

L’année 1944 est l’année des combats de la libération finale du territoire national. Le camp voit arriver des membres de tous les groupes de résistance. Tous ces nouveaux internés feront partie avec leurs camarades, pour certains présents depuis 1941, du transport 1252 qui les amènera à Buchenwald. Les détenus de Saint-Sulpice auront un matricule dans les 69 000. Les tuer, les tuer jusqu’au dernier, jusqu’à la fin, c’est la volonté des nazis, des fascistes et de l’extrême-droite. Même si une partie de la division Das Reich avait été stationnée sur notre commune, avant son macabre périple, aucun ne pensait certainement subir ce sort. Il suffit de lire le journal clandestin du camp, le Canard interné, foisonnant d’humour, pour s’en rendre compte. Dans ce journal qui paraît depuis début 44, nous apprenons qu’il s’appellent « camarades », qu’ils se réunissent régulièrement pour des conférences, que le débat est effervescent. Pour eux, la victoire est à portée de main. Certains, récemment incarcérés sont au courant de la signature du programme du Conseil National de la Résistance. Donnons leur la parole dans un article du journal. Il est écrit : Chaque jour, des patriotes tombent sous les balles de l’ennemi ou des traîtres à sa solde. Chaque jour, des jeunes refusant la déportation prennent le maquis et vont rejoindre leurs frères qui luttent, qui souffrent et qui meurent pour la libération de la France. Mais, malheureusement, il est encore des Français qui n’ont pas compris ou qui ne veulent pas comprendre. Plus loin : Seuls auront travaillé pour le pays ceux qui auront gardé un sens clair de la France et de sa tradition. Non pas d’une tradition qui se cramponne au souvenir nostalgique du passé, non pas d’une France renfermée sur elle-même, sur ses petites habitudes, à l’abri de son petit jardin mais d’une France ouverte, consciente du monde et de la Révolution de l’Europe. Une France qui va de l’avant. Nous vivons un temps où la prudence est trop souvent de la passivité, où la réserve est trop souvent de l’impuissance, où la prétendue habileté, trop souvent de la lâcheté. L’auteur conclura : Il faut risquer sa vie au lieu de la calculer. Il est difficile de parler des uns et pas des autres dans ceux qui n’ont pas calculé leur vie mais l’ont

risquée. Si nombre des survivants du camp de Saint-Sulpice servirent après la Libération, à leur place, le programme du CNR, comme citoyens syndicalistes ou comme élus de la nation, députés, sénateurs, maires, conseillers généraux ou municipaux, d’autres sont plus anonymes. Citons toutefois, au hasard des 623 : Jules AUVACHET, cheminot communiste dont le fils venait d’être exécuté à la centrale d’Eysses, qui aura le matricule 69 896 et sera libéré le 14 avril 1945. Marc CHEVALIER, cultivateur, FTP, matricule 69 066, arrêté sur dénonciation. Il arrivera au camp en avril 1944 comme 69 autres Hauts-Savoyards ainsi que certains membres du 27° bataillon de Chasseurs alpins, alors troupe FFI. Antoine PITUAULT, résistant, interné à la baraque 21 de Gaillac le 19 mars 44 puis au camp le 13 mai, commissaire de police, matricule 69 501, décédé le 27 février 1945 dans une annexe du camp de Buchenwald. Edmond, Albert et Marcel BOUJARD, cultivateurs, communistes internés le 26 mars 1944 après la quinzaine sanglante qui, en février, en Haute-Savoie, vit s’opposer les maquis FTP et de l’Armée secrète aux miliciens et à la Gestapo. Leurs matricules étaient le 69 062, le 69 063 et le 69 994, celui d’Edmond qui ne reviendra pas. L’aîné, François, avait été fusillé par la milice le 9 mars 1944; il avait été Brigadiste, membre de la Compagnie France-Navigation. Il était le chef du 1° bataillon FTP de Haute-Savoie. Un autre frère, Henri, avait été fusillé à Lyon en février 44. Louis était mort en octobre 1937 en Espagne, membre des Brigades internationales. 6 frères ! Alors oui, tous ceux-là ne calculaient pas leur vie pour sauver leur liberté. Leur combat est éternel. Avec l’ami, camarade et frère Jean ORTIZ et pour conclure, nous pourrions dire : Commémorer doit contribuer à réhabiliter et faire vivre l’Histoire, à se la réapproprier, à lui donner du sens, à réactiver la prise de conscience et l’esprit de résistance contre les régressions du présent. L’histoire de cette période se situe au cœur de l’anti-nazisme et de l’anti-fascisme. Au sein de ce combat se rencontraient et s’affrontaient des options, des courants différents mais tous luttaient contre le même adversaire et les mêmes problèmes structurels de fond. Nous devons par conséquent prendre ne compte et respecter toutes les mémoires. Plusieurs mémoires pour une seule Histoire. Chacun peut mesurer désormais les conséquences négatives d’une relégation de la mémoire républicaine et anti-fasciste. Le révisionisme, la résurgence des mouvements d’extrême-droite, du racisme et de la

xénophobie en Europe et en France, montrent à quel point il est erroné et nocif de croire qu’il faut oublier pour se réconcilier. Assumer complètement le passé, faire mémoire et justice, c’est renouveler une démocratie aujourd’hui en danger. Il est temps de transformer la mémoire en connaissance, en revendication, pour que la République renouvelée soit enfin préservée du retour de l’indicible. Alors, en mémoire de ces 623 Sulpiciens essentiellement communistes ou cégétistes mais aussi anciens des Brigades internationales, Républicains espagnols, anti-fascistes français et étrangers, chrétiens, juifs ou musulmans, gaullistes, anarchistes ou socialistes, franc-maçons ou libres penseurs, tous résistants. En mémoire de leur attachement à la laïcité symbolisée par la fresque du communiste allemand Boris TADISKI, dans la chapelle du camp, qui réunifie encore plus ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, en mémoire de ceux qui souhaitaient des jours heureux avec le programme du Conseil National de la Résistance, aujourd’hui tant malmené, seulement trois mots Liberté, Egalité, Fraternité.

Merci de votre attention.


M. Guy PAUL, Conseiller municipal à Saint-Sulpice :

Messieurs-Dames, bonjour,

Je vais vous donner lecture du message de M. Jean-Marc TODESCHINI.

Ce message a été écrit pour le 27 mai 2015, donc il date un peu…

Je vais vous donner lecture du message de M. Jean-Marc TODESCHINI.

Journée nationale de la Résistance, message de M. Jean-Marc TODESCHINI, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des anciens Combattants et de la Mémoire.

Le 27 mai 1943, des hommes se réunissaient dans la clandestinité au 48, rue du Four. Les résistances devenaient la Résistance française, Plus de 70 ans après, les survivants continuent d’insuffler en France l’esprit de la Résistance. C’est pour que leur héritage soit pérennisé et que leur combat reste toujours d’actualité que cette date historique est devenue une journée nationale. Ce 27 mai 2015, la France vit un moment exceptionnel de fierté nationale. Germaine Tillon, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay font leur entrée au Panthéon, ce lieu où la République s’incarne et se partage comme l’avait souligné le Président de la République au Mont Valérien, le 21 février 2014.

Plus que des militants de la république, ces quatre personnalités ont incarné la République. A leurs yeux, elle n’était pas qu’un concept, elle était un engagement, une ambition et un idéal en même temps que le combat de leur vie. Leur parcours ne pouvait se terminer qu’au Panthéon, maison des Grands Hommes de la patrie républicaine.

Germaine Tillon, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay ont tous témoigné à leur manière de l’esprit de résistance. Non pas seulement par des mots et des discours mais plus encore par les engagements et les actes. Cinquante ans après Jean Moulin et l’armée des ombres, l’esprit de résistance fait son entrée au Panthéon et s’apprête à recevoir l’hommage éternel de la Nation, celui qui survit aux femmes et aux hommes. Cet esprit de résistance est celui de celles et ceux qui, sans uniforme, parfois sans arme, ont été des modèles d’engagement. De celles et ceux qui, tombés dans les combats de la Libération et emportés dans les camps de l’horreur, n’ont pas survécu à la guerre. De celles et ceux enfin qui, survivants de la guerre, ont continué inlassablement à défendre et à transmettre les valeurs républicaines.

En cette année d’hommage à la génération 39-45, les Résistants et les Résistantes doivent plus que jamais être élevés en exemple pour la jeune génération. Architecte de la nation de demain, la jeunesse ne doit rester étrangère à aucun plan d’avenir. Ce qu’elle réclame surtout, c’est qu’on lui fasse confiance, écrivait Jean Zay depuis sa cellule de la prison de Riom. Puissent les parcours de Germaine Tillon, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay continuer d’inspirer les plus jeunes d’entre nous pour que la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, qui font le ciment de notre république, restent l’âme de leurs combats d’aujourd’hui et de demain.

Jean-Marc Todeschini


La cérémonie s’achève aux accents du Chant des Déportés puis de l’Hymne européen, interprétés par l’Harmonie de Saint-Sulpice.


Photos : Soledina Chantereau et Gérard Blondel

Texte : Bernard Foucault

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